Il neige à gros flocons (1) L’Homme et le froid

Il neige à gros flocons (1) L’Homme et le froid

Samedi 26 janvier, dans les hauteurs d’Irazein, Ariège.

Salut toi.

Seule dans la cabane d’altitude, perchée à 1100 mètres, je regarde tomber la neige à travers la fenêtre. Mes pensées vagabondent. Je me laisse envahir par le calme feutré si particulier à la neige, la beauté intimidante des paysages.

Arrivée en Ariège fin septembre 2018, je stagnais gentiment dans une cabane dans la montagne en faisant le dos rond à l’hiver. Mais la neige m’en a délogé. Depuis quelques jours, sans répit, elle n’a cessé de se déposer jusqu’à recouvrir les paysages accidentés d’un beau manteau blanc d’un mètre d’épaisseur. Une douce torpeur aurait pu m’envahir et me faire oublier le voyage le temps que le soleil repointe son nez. Confortablement calée au coin du poêle, j’aurais profité de cette hibernation pour digérer les aventures de l’été dernier et me préparer à celles à venir. Pourtant, il a fallu reprendre la route – et fissa.

Ma rêverie dérive vers des temps plus lointains, et pourtant si proches. Quand et comment l’homme s’est-il adapté à des climats hostiles ? Si le chaud ne me fait pas peur mais le froid m’a toujours impressionnée. Je ne le connais pas. Tout ce que je sais c’est qu’on y meure doucement si on y est pas préparé.

L’homme est le seul mammifère occupant la quasi-totalité de la planète, exception faite de quelques régions comme l’Antarctique. Ce formidable succès tient pour l’essentiel au développement de sa technologie, qui lui a permis de sortir de son terroir d’origine : les savanes africaines. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme est mal adapté aux environnements froids: il n’a pas de couche sub-cutannée, ni une épaisse fourrure, l’une et l’autre peu utiles sous les latitudes africaines.

Je riais hier avec les voisins des cinq bonnes minutes qu’il nous faut pour nous emmailloter dans nos multiples couches avant de pouvoir sortir sans souffrir du froid. Nous sommes les héritiers de l’histoire technologique de l’humanité.

L’adaptation de l’homme aux territoires froids a été rendue possible par l’acquisitions de technologies particulièrement performantes. La première évidemment est la maîtrise du feu. Acquise vers -500 000 à -400 000 ans, elle lui a permis de s’implanter de façon durable au delà de la latitude de Bordeaux (45° degré de latitude Nord) et de le faire crépiter dans nos cheminées et dans nos poêles à bois. Pour notre plus grand bonheur, surtout si on est vagabond.

Puis allant d’innovations en innovations pour créer tout ce que j’enfile chaque jour : sous-vêtements et cache-oreille en laine mérinos, chaussures de montagne avec semelles en laine feutrée main, manteau imperméable doublé polyester, guêtres et pantalon de pluie, gants.

De l’autre côté de la vitre, les mulets attendent avec résignation de meilleurs jours, des stalactites accrochées aux poils du ventre et de la neige jusqu’à mi-jarrets. Thalès me fixe, m’interrogeant silencieusement sur la date où enfin nous nous remettront en route. Le dos de sa sœur, Lima, est recouvert d’un duvet blanc, qui ne fond pas. En ce temps, ils n’apprécient guère les caresses qui font rentrer l’humidité dans leur épais pelage en plaquant le poil mouillé contre leur corps. Ils ne tremblent même pas.

Lewa, mon chien-loup, est vautré le ventre en l’air s’aérant les roupettes. Il est parfaitement équipé lui. Avec délectation, il s’est roulé toute la journée dans la neige et pourtant elle ne pénètre pas son épais sous-poil. A chaque espèce ses moyens de survie.

Même si je me faisais pousser les poils pendant le reste de ma vie, je ne pourrais jamais courir nue dans la neige sans avoir froid (dommage…)!

A suivre… Episode suivant : Il neige à gros flocons, la migration de la faim (2)

By | 2019-07-17T17:38:45+00:00 July 17th, 2019|Last news|0 Comments

About the Author:

La trentaine, anciennement juriste en Droits de l’Homme et journaliste, je suis spécialisée sur les questions de migrations. Pour moi, NoMad c’est la réalisation de mon rêve d’enfant qui ne m’a jamais quitté: être aventurière. L’idée de ce blog, c’est le partage de ce rêve, des techniques, des gens rencontrés par NoMad, c’est de créer le lien qui nous permettra d’échanger un jour.

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