C’est parti !

 
 
Les affaires sont pliées et rangées soigneusement dans les sacoches. Attendant d’être bâtées, les mules piaffent d’impatience à la lisière de la forêt, en contre-bas de la maison de Chris. Le loup observe de ses yeux jaunes flamboyants nos hésitations et nos mouvements encore maladroits. Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsque nous partons enfin.

C’est décidé, Nico m’accompagnera pendant un mois, histoire de me mettre en route. “Je ne peux pas te laisser prendre la route toute seule avec tes bestioles encore à moitié sauvages ! Tu pourrais te tuer. Et puis ça me fait plaisir.”

Nos pas prennent la direction du sud, vers Irazein dans les Pyrénées ariégeoises, où je finirai l’éducation des animaux, condition fondamentale pour aller loin en sécurité et dans un confort relatif. Je les y éduquerai à la selle et au débardage. La première partie du voyage sera fera donc à pied, à côté d’eux.
 
J’ai choisi deux mules et un chien-loup qui représentent symboliquement les premiers animaux domestiqués par l’homme, sans qui certainement il n’aurait pu imposer sa suprématie sur le monde. Ennemis congénitaux, les faire marcher ensemble a également une grande force poétique puisque l’un et l’autre, capable de se tuer, devront apprendre à veiller les uns sur les autres, à fonctionner en équipe. En outre, mule et chien-loup sont des hybrides, métaphore du caractère mélangé de nos origines, mi-neandertal mi-cromagnon, mi-franc mi-gaulois…
 
 
Alors que j’entreprends cette expédition qui durera 4 à 6 ans, le monde, interconnecté et digitalisé, est submergé par la “question migratoire”, davantage d’ailleurs une crise de l’hospitalité. Partout, l’épouvantail de la sécurité est agité fermant coeurs et frontières devant eux, dissimulant argent et pouvoir. L’hospitalité, première victime, se meurt faute de ne pouvoir s’exprimer. Car comme la mémoire, c’est un muscle qu’il faut entretenir.
Les gens fuient la guerre, la misère, l’exploitation. Et bientôt le réchauffement climatique, les catastrophes technologiques. Qu’on meure vite d’une bombe ou lentement de faim, on meure quand même. Les mêmes vers mangeront nos cadavres.
NoMad Expedition traversera ces contextes et d’autres problématiques de notre temps au rythme lent et universel de 4 à 5 km par heure (oui, je marche vite !). Le temps rapide du numérique n’est pas le mien. Je partagerai mes aventures de manière épisodique et si j’aspire à découvrir quelques vérités universelles cachées, je n’oublierai pas de prendre le temps de regarder le paysage. A laisser mes sens se détendre et se pénétrer de l’immensité qui nous entoure.
 
Action, repos.
Inspiration, expiration.
Contraction, extension.
Un pas en avant.
Un après l’autre.
 
La pulsation du temps.
 
En route !
Le 20 juillet 2018, Florimont-Gaumier, Dordogne (24).
Votre présence, vos commentaires, vos lumières dans le brouillard sont les bienvenus.
Ce projet se veut un projet vivant.  Il n’est financé que par vos dons. Il n’y a aucun sponsors. Je ne travaille pas à côté, me dédiant à l’expédition et à son récit. Ce n’est pas un break dans une vie bien rangée mais bien un saut dans l’inconnu pour une durée indéterminée. Vos dons servent à la nourriture, aux frais sanitaires et vétérinaires, aux frais consulaires, au matériel. Ponctuels ou mensuels, importants ou modestes, ils comptent tous. C’est le nombre qui me donnera les moyens de continuer de marcher. Et de raconter.
By | 2019-07-17T17:27:13+00:00 February 18th, 2019|Last news, On the road|0 Comments

About the Author:

La trentaine, anciennement juriste en Droits de l’Homme et journaliste, je suis spécialisée sur les questions de migrations. Pour moi, NoMad c’est la réalisation de mon rêve d’enfant qui ne m’a jamais quitté: être aventurière. L’idée de ce blog, c’est le partage de ce rêve, des techniques, des gens rencontrés par NoMad, c’est de créer le lien qui nous permettra d’échanger un jour.

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